Après les auditions, j’étais présent dans l’hémicycle pour le débat sur la situation sanitaire dans les EHPAD à l’issue des deux périodes de confinement.

Ce débat organisé dans le cadre de la semaine de controle, qui intervient toutes les quatre semaines et permet aux députés d’exercer leurs missions de contrôle et d’évaluation des politiques publiques menées par le gouvernement, nous a donné l’occasion de mieux comprendre la situation pour mieux faire face à la crise actuelle et préparer l’avenir. Les travaux issus de la commission d’enquête sur l’impact du covid-19, rendus en décembre 2020, nous fournissent un éclairage saisissant sur l’impact de la crise sanitaire dans les EHPAD. On y apprend que les établissements n’ont pas été équipés en masques avant la fin mars, que les tests y ont été déployés au compte-gouttes, que la prise en charge des personnes contaminées a été tardive en raison d’une absence de médicalisation de ces structures et par manque de matériel, qu’il manquait des lits de réanimation pour les patients âgés, et que le plan bleu, c’est-à-dire l’outil de gestion de crise, n’a été engagé que dix jours avant la date de début du premier confinement.

L’égal accès aux soins n’a pas toujours été respecté : certaines personnes âgées ont été prises en charge trop tardivement par des services de secours débordés et des résidents se sont carrément vu refuser l’admission à l’hôpital, étant considérés comme non prioritaires. C’est inacceptable et je pense que c’est un constat qu’on ne peut que partager. Les chiffres sont durs : le premier confinement a été marqué par 10 000 décès dans les EHPAD et les établissements médico-sociaux. Au 15 décembre dernier, 18 000 résidents nous avaient quittés et la barre des 20 000 a été franchie au début de cette semaine.

Ajoutons à cela que les personnels des EHPAD ont été lourdement mis à contribution. Au printemps dernier, pendant au moins deux semaines, ils ont dû travailler sans masque. Bilan : 18 000 salariés contaminés. Les pouvoirs publics avaient réquisitionné les masques pour les hôpitaux mais la générosité des communes et des entreprises a permis aux établissements de faire face à la pénurie et de s’approvisionner dans les premières semaines de l’épidémie.

Les tests, eux aussi, sont arrivés tard et les EHPAD n’ont été déclarés prioritaires qu’au mois d’avril – pourquoi, d’ailleurs, si tard ? –, sans disposer jusqu’à cette date de stocks de matériels qui leur soient propres.

Rien n’était prévu pour ces établissements, qui ont souffert d’un manque de matériel, de personnel et même de considération. Dans une quinzaine d’établissements, le personnel, qui intervient chaque jour de façon admirable, avec professionnalisme et dévouement, a même fait le choix radical, et dont nous devons les remercier, de rester confiné avec les résidents, afin de les empêcher de se laisser glisser, de quitter une vie qui n’en valait plus la peine, sans soins ni accompagnement. Ce n’est qu’à l’arrivée des masques, puis des tests, que le nombre de décès a diminué.

Les résidents de ces institutions n’ont pas pour autant été totalement épargnés : la qualité de vie s’est dégradée lors des confinements successifs. Plusieurs milliers de personnes âgées ont été forcées de rester cloîtrées dans des chambres de quelques mètres carrés, porte fermée, n’ayant pour seule distraction, pour seul contact, que le passage des personnes qui leur apportaient à manger et les soignaient, sans visites possibles de leurs familles, elles-mêmes très éprouvées et très inquiètes. Des cas d’anorexie et de dépression ont même été rapportés.

Cette absence totale de soins dédiés à la santé psychique des personnes âgées nous pousse à nous interroger sur la dignité que nous leur accordons. Rappelons que nombre d’entre elles ont quitté la vie dans le plus grand isolement, malgré les tentatives des personnels soignants, qui ont une nouvelle fois dû s’adapter face à la détresse des résidents, redoublant d’ingéniosité pour combattre leur solitude. Les tablettes tactiles n’ont cependant pas pu remplacer la présence et l’affection des proches. Ne faut-il pas établir un véritable protocole de confinement en cas d’épidémie ?


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